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Femmes minces et monde moderne

 

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"Je proteste contre le monde moderne, mais j'adore ses femmes minces. [...] Quand les habitants de la planète seront un peu plus difficiles, je me ferai naturaliser humain. En attendant, je préfère rester fasciste, bien que ce soit baroque et fatigant. " Roger Nimier, Le Hussard Bleu ».
Mon cher Roger, j'ai rêvé de toi cette nuit, c'est pourquoi je place en exergue ces mots de ton hussard de prédilection.
Je n'ai jamais eu, comme toi, le goût de la vitesse et des belles petites anglaises, même de sport. J'ai toujours jeté un regard désabusé sur mes semblables, c'est ce qui m'a sauvé la vie. J'aurais dû me faire ermite au mont Athos, rescapé de la Waffen SS quelque part dans les forêts sibériennes, pêcheur de cabillaud au large des Féroé ou de l'Islande, fuir les hommes et les femmes de cette Europe malade, contagieuse et pourrissante sur place. Mais non, j'ai dû jouer le jeu, c'était obligé vu ma famille nombreuse, mon indécrottable altruisme et ce funeste sentiment de totale abnégation. Je serai sanctifié plus tard, je le sens. Les femmes minces, tu sais, ont des canines de prédatrices, les pointes des seins semblables à des dagues acérées et des cuisses en étau d'airain. Vitesse oblige, t'as pas eu le temps de les vérifier sous toutes leurs coutures, moi bien, privilège de l'âge. Il n'y a rien de bon à en attendre, crois-moi. Les femmes, il faut qu'elles aient des mamelles laiteuses, des hanches et des fesses douces, pareilles à celles peintes par Rubens, avec leur ventre chaud et rebondi, leurs bras bienveillants, leur bouche gourmande et les yeux modestes. Il y en a encore en cherchant bien, même si les yeux modestes chez ces créatures appartiennent désormais au passé.
Le fascisme fut un bel esthétisme, n'en déplaise aux zombies qui nous entourent. Toi et moi n'avons pas eu le temps de le pratiquer in situ et puis, avec notre mauvais caractère et cet indécrottable anticonformisme qui nous caractérise, sans doute eussions-nous été du côté des sceptiques, des incroyants et des critiques. Je nous connais un peu. Le monde moderne, lui, s'écroulera, comme le font toutes les illusions creuses. L'égalitarisme de façade, les slogans faciles, les libertés tronquées, le vent les emportera, ces fragrances passées iront mourir au bout des océans pollués.
Restera alors l'essentiel, la volonté de puissance et le dépassement de soi, le pied de nez à la mort, et le rire rabelaisien de celui qui, revenu de tout, sait que l'avenir est sien.
Désormais je connais mon rôle sur la terre, mais je ne sais qui je suis. Voyageur, pose des yeux tristes sur les choses, elles te le rendront au centuple. Le visage barré du ciel te menace et te guide à la fois. Vivre, il me faudra vivre encore quelque temps parmi ceux-là. Tout ce qui est humain m’est étranger.

Ungern

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