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Pour Salinger avec amour et sans abjection

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Salinger à Cornish (photo volée)

 

En 1951 paraît « The catcher in the rye », et c’est un succès immédiat. L’auteur, Jérome.D. Salinger est connu des cercles intellectuels new-yorkais, ses nouvelles paraissent dans des magazines comme « The New Yorker », « Saturday Evening Post » « Star » ou « Collier’s », son recueil de nouvelles paru sous le titre « Nine Stories » a été bien reçu par la critique.
« The catcher in the rye » inaugure une révolution dans les lettres américaines; l’auteur adopte le langage parlé, celui des adolescents new-yorkais des années cinquante et les expressions argotiques ainsi que les jurons qui vont avec (« goddamn » à pratiquement toutes les phrases ), il s’adresse directement au lecteur qu’il prend à, témoin.
La première phase est devenue culte: If you really want to hear about it, the first thing you’ll probably want to know is where I was born, and what my lousy childhood was like ... ».
L’histoire est celle d’un jeune de seize ans, Holden Caulfield qui, renvoyé de son pensionnat, rejoint New-York d’où il est originaire, loge dans un hôtel, traîne dans Central Park, retourne chez lui de nuit pour discuter avec sa sœur Phoebe (10 ans) pour finalement rentrer, au bout de trois jour d’errance, au bercail.

Le titre est tiré du poème de l’Ecossais Robert Burns : « Comin thro’ the rye ». Il y va d’un champ de seigle dans lequel jouent des enfants. Le champ leur cache un précipice dans lequel ils risquent de tomber. C’est une métaphore de l’enfance heureuse et insouciante avant l’âge adulte et ses responsabilités.
Une des clés du roman est la discussion entre Holden et sa sœur Phoboe. Cette dernière lui demande ce qu’il veut devenir plus tard, il répond : « You know that song If a body catch a body comin’ through the rye ? I’d like ... »
« It’s : ‘If a body meet a body comin’ through the rye’ old Phoebe said. « It’s a poem by Robert Burns. ».
Meet implique une rencontre, un face-à-face avec l’autre, au contraire de catch où il n’y va que d’une prise. L’auteur sous-entend que dans la vie il ne suffit pas de sauver son prochain mais aussi de le voir en face et le reconnaître car c’est précisément cette reconnaissance par l’autre qui confère une dignité à son existence.

Le roman est aussi celui de « l’authenticité » qu’il faut dégager de sa propre existence. L’adjectif «phony » (fake) revient comme un leitmotiv. Tout ce qui nous entoure, ceux qui se meuvent autour de nous, est « phony », inauthentique, fardé, maquillé, caché sous le voile de la mondanité et nous pourrit la vie. La quête de l’authenticité (à rapprocher du sens qu’en donne Heidegger) justifie l’existence.
Salinger, né d’un père juif non pratiquant et d’une mère catholique, a vécu les horreurs de la guerre (il débarqua le 6 juin 44, fit la campagne de Normandie, celle, encore plus sanguinaire, de Hürten et puis des Ardennes en décembre 1944). Sa nouvelle (reprise dans « Nine Strories ») "For Esmé with Love and Squalor" en témoigne. Revenu aux Etats-Unis, déprimé, il trouve une forme de paix de l’âme dans la philosophie de l’Hindou Vivekananda et des mystiques chrétiens, il s’intéresse, vingt ans avant que cela ne devienne une mode, aux bouddhisme zen. La toute dernière phrase de son roman est bien dans la veine bouddhiste de l’absence du désir, source de sérénité : « Don’t ever tell anybody something. If you do, you start missing everybody ».
65 millions d’exemplaires de «The catcher in the rye » ont été vendu à ce jour. Toute une génération s’est reconnue dans le personnage de Holden Caulfield (étymologie intéressante : « Caulfield » = champ de choux, ce choux dans le sein duquel naissent les enfants ; Krauterfeld (champ de choux) est un patronyme allemand, souvent donné aux Juifs). Des ligues de vertu furent scandalisées par le langage « ordurier » de ce roman hors normes (« fuck » n’y apparaît que trois fois cependant et indigne Holden), aux Etats-Unis des Etats exigèrent des éditons expurgées qui jamais ne virent le jour ou bannirent le roman de leurs écoles.
Le livre est pratiquement intraduisible tant la langue utilisée est unique. Quatre traductions françaises n’en sont qu’un ersatz, le titre en français n’a aucune envolée : "L’Attrape-coeur" (?).
Dès 1965 Salinger se retire à Cornish, New Hampshire, il se cloître et mène jusqu’à sa mort en 2010 une existence de reclus fuyant les journalistes, les curieux, méprisant le cinéma (il a refusé tous les droits qu’ Hollywood lui proposait) et poursuivant sa quête spirituelle.
Ses romans ultérieurs ; Franny and Zoey, Seymour an Introduction et Raise high the roof beam, carpenters, se situent dans la même veine, celle que l’on pourrait définir par : il faut mourir au monde pour, vivre vraiment.
Salinger nous a quitté en 2010.
Holden Caulfield est toujours là...

 

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