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  • Espionnage : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

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  • Zizek et son "fragile absolu"

     

    Slavoj Zizek (photo) est un philosophe slovène peut-être mais iconoclaste sûrement. Nous voilà rassuré, l’iconoclastie, à la différence de la Slovénie, est une affection reconnue. Saint-Just disait : « Le monde est vide depuis les Romains », Zizek pense, lui, qu’un héritage peut encore être sauvé : le christianisme et le marxisme !
    Mais passons aux prolégomènes de l’œuvre de notre Slovène de philosophe. Nos générations sont mortes. Elles ne sont même pas l’ombre des générations précédentes qui viendraient les tourmenter comme le font les fantômes, elles sont à ce point inertes – d’autres écriraient infectées – et insensibles que les fantômes n’ont pas de prise sur elles.
    Dur constat. Les peuples ne seraient plus que des masses gélatineuses qui vont et viennent au gré de pulsions primaires qu’elles ne contrôlent plus et qui s’appellent : consommation, spectacle, repli intellectuel, exacerbation de l’individualisme. Pour satisfaire ces pulsions elles acquiescent, passives, à tout ce qui se fait en leur nom : dévoiement de la démocratie.
    Le marché, avatar du capitalisme : voilà l’ennemi !
    Le détournement d’une ligne est une crise. Le gouvernement du peuple, par le peuple et au nom du peuple est squatté par un petit groupe qui a recours au mandat populaire et s’en prévaut pour conforter ses intérêts personnels… au nom du peuple.
    Alors, comment supporter encore la démocratie, le scrutin populaire, le suffrage universel quand ces principes ne sont que des rituels périodiques  dont les zélateurs ignorent délibérément les arcanes ? Et que la suite obligée en est le sophisme et le cynisme, ce dont Macron, Merkel et les autres sont le nom, tout comme celui de la peur pour le philosophe Alain Badiou. (Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances éditeur).
    Faut-il rallier Zizek et Badiou qui prônent la violence révolutionnaire pour en finir avec cette décomposition putride qui empeste l’air et l’esprit ?
    Badiou est partisan de la « dictature » de ce qu’il appelle la « Vertu »,  il y a dans ce type de « dictature » un retour aux aristocrates dont Platon parle dans « La République ». Souvenez-vous: la cité est d’abord dirigée par le meilleur, celui-ci devient petit à petit tyrannique, alors le peuple se soulève, le dépose et c’est l’anarchie,  mais comme l’anarchie est stérile, le peuple décide de déléguer son pouvoir à une assemblée représentative, qui, petit à petit, elle aussi, finit par ne s’occuper que de ses intérêts claniques et calme le peuple par du pain et des jeux,  mais les intérêts claniques sont contradictoires par essence, les clans s’opposent, se combattent et c’est l’implosion au bout le laquelle le peuple fait appel à un aréopage de sages choisis parmi les plus influents des philosophes…c’est le pouvoir des meilleurs, l’aristocratie.
    Zizek rappelle que le Christ fut d’abord un révolutionnaire haïssant les élites de la société juive de l’époque et exigeant que ses disciples s’arrachent de leur milieu ambiant. (« Qui ne hait pas et son père et sa mère et son frère et sa sœur…. n’est pas digne d’être mon disciple »).
    Et qu’il a été crucifié non pas pour avoir prêché l’amour, mais pour avoir dénoncé le pouvoir en place.
    Zizek nous propose d’en finir avec l’absolu (Dieu aussi est Absolu), car l’Absolu est fragile… alors, nous dit Zizek, intégrons cette fragilité de l’Absolu et recherchons dans le marxisme le fondement même du christianisme. « L’héritage chrétien authentique est bien trop précieux pour être abandonné aux freaks intégristes » (Slavoj Zizek. Fragile Absolu, ou pourquoi l’héritage chrétien vaut-il d’être défendu, Flammarion). Ne laissons pas le christianisme entre les mains d’incultes qui s’en servent et le déforment au sein de leurs sectes. Zizek, apologiste de l’intolérance nous démontre que les « droits de l’homme » sont en fait des droits qui autorisent la violation des dix commandements. Ils ne descendent pas du Sinaï, ils le contournent. Liberté de croyances = liberté d’adorer les idoles ; liberté d’aimer = liberté de commettre l’adultère, de contourner l’interdit homosexuel. Et ainsi de suite.
    Retrouver la sève de la charité chrétienne dans la dialectique historique marxiste.
    Il y a aussi une jouissance dans les régimes totalitaires, poursuit Zizek. Les Allemands jouirent durant le nazisme, tout comme les Russes sous le bolchévisme, les peuples n’ont pas vocation à gouverner, ils préfèrent le laisser-faire. Gouverner implique une responsabilité : qui veut encore être responsable ?
    Badiou comme Zizek nous interpellent : cessons de nous raconter des histoires. Notre démocratie n’est qu’un moment de notre histoire, les histoires que nous nous racontons aujourd’hui ont dépassé ce moment, elles ne sont que des « storytelling » dont Hollywood est friand et qui conjugent New Age et Guerre des Etoiles, or ce sont des fantômes de pacotilles, des narcotiques autorisés.
    Redevenir capable de recevoir le legs d’autres fantômes, ceux qui autrefois étaient bien vivants, voilà ce que proposent Badiou et Zizek.

     

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