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Monsieur Jean est franc-maçon ...

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Monsieur Jean est sous-chef de service adjoint (par intérim) dans une compagnie d'assurances sise boulevard Malesherbes à Paris. Hier, il est revenu tard à la maison et, avant d'éteindre la lampe de chevet,  a déclaré à sa femme : je suis désormais Chevalier de la hache, Prince du Liban ! Monsieur Jean est franc-maçon, qu'on se le dise, mais pas trop fort, on pourrait l'entendre. C'est un secret de polichinelle qui se murmure au bureau avec des airs entendus ; monsieur Jean « en est » ! Certains collègues prétendent même que c'est grâce à « ça » qu'il est devenu sous-chef adjoint, que la direction toute entière en fait partie et le protège, car sans ce coup de pouce monsieur Jean ne serait pas loin.
La réalité est plus prosaïque ; monsieur Jean voici quinze ans a intégré une loge de la Grande Loge de France. Cette obédience maçonnique se veut traditionnelle et respectueuse de la coutume qui défend toute discussion religieuse et politique, elle ne reçoit que des hommes, rien à voir avec ces dégénérés du Grand-Orient qui se compromettent avec des politiciens et des jupons ! Il étudie gravement le côté ésotérique de chaque chose , comme la correspondance entre le format d'une boîte d'allumettes et la pyramide de Gizeh, ne souriez pas, vous seriez étonné ! Son obédience est celle d'un rite ; le rite écossais ancien et accepté. Que ce dernier soit né aux États-Unis au début du 19em siècle et qu'on ne sait au juste ce qu'il adopte ne décontenance pas monsieur Jean, cela fait partie des mystères aux arcanes desquels il faut être initié. Ce que ne sait, le profane.
Car monsieur Jean est un initié qui gravit lentement mais avec foi et zèle les paliers initiatiques qui le mèneront un jour à devenir 30em degré, Grand Elu, Chevalier Kadosh1, s'il vous plaît, vengeur du templier Jacques de Molay et exécuteur du Roi Philippe le Bel et du Pape Clément V. Un chevalier enjuivé qui met à bas le trône et la papauté, quoi de plus symbolique comme programme ?
Mais monsieur Jean n'y voit qu'allégorie libre d'interprétation. Tout dans sa discrète société n'est que tolérance et fraternité se persuade-t-il. Il ne veut rien savoir des luttes d'influence entre obédiences, des courses à l’échalote pour collectionner les degrés et les honneurs qui vont avec, des jalousies, des persiflages, des non-dits qui sont le quotidien dans la vie des Loges. La Loge est un lieu privilégié à des années lumières des préoccupations profanes, bien sûr … En y entrant on laisse « ses métaux  à la porte du temple ». Ce sont des expressions pour initiés, comprenne qui pourra.
Monsieur Jean est conscient de tout ce que la Loge attend de lui, n'est-il pas aussi prince de Jérusalem, (qui rend grâce à Dieu de la reconstruction de Temple !), chevalier de Royal Arche (qui a vu la Grande Lumière !), Elu des Neufs (mot de passe : Nekam, Nekah2) et ainsi de suite. Cela peut paraître mystérieux aux profanes, songe monsieur Jean. Qu'il se rassure, c'est tout juste ridicule.
Il se dit religieux, notre initié, son rite ne se tient-il pas à la gloire du Grand Architecte de l'Univers ? Avec l'Evangile de Saint Jean ouvert au prologue !  Les loges n'ont-elles pas toutes pour nom ; loge de Saint Jean ? Religieux et tolérant, tellement tolérant que le grand architecte dont question doit avoir pour nom Tolérance. Rien à voir avec ces croyants cathos ou islamiques dogmatiques et bornés... air connu.
Monsieur Jean est un brave type sous influence. On lui met des colifichets autour du cou, un cache-sexe polychrome, de la bimbeloterie flashy et le voilà roi-nègre : c'est très beau, B'wana, moi y en a être très content, houzé, houzé, houzé3 ! Et voilà notre sous-chef de service-adjoint (par intérim) conforté dans sa singularité. Il en oublie son quotidien, ses fins de mois ric-rac, sa femme qui le trompe avec le boucher. Il râle sur ce blogueur (votre humble serviteur) qui, plutôt que de dénoncer les francs-maçons et leurs complots, se fiche d'eux, leurs petits secrets, leurs mots, signes et attouchements de boy-scouts et cette propension à se croire adoubés par quelque Grand Bachi-bouzouk d'eux seuls connu. Le ridicule ne tue pas, heureusement pour monsieur Jean et ses très chers frères. Qu'ils s'occupent de leurs petits jeux, après tout, on reste tous de grands enfants quelque part ?
Non ?

 

1En hébreu, « kadosh » signifie « saint ». C'est aussi le nom de la prière des morts.

2Encore de l'hébreu, qui signifie : la vengeance frappe

3Acclamation hébraïque, équivalent de notre « hourra »

 

 

 

Commentaires

  • Pas tout-à-fait faux ce que vous écrivez.

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