jurés populaires

  • Etat de grâce pour Jacqueline Sauvage ?

     

    Faudrait savoir ce que l’on veut : la république, le peuple souverain, la justice populaire, c’est très bien sauf quand la réponse apportée n’est pas celle que l’on attend, alors on va, comme dans l’ancien temps, frapper à la porte du souverain pour demander sa grâce. Un peu de cohérence, quand même !
    Le cas de madame Jacqueline Sauvage est emblématique de l’extension du sentimental dans l’administration de dossiers sensibles, judiciaires notamment. Cette femme de soixante-six ans a été condamnée en dernière instance à dix ans de prison ferme pour avoir tué son mari de trois balles dans le dos. La préméditation a été écartée, sans quoi c’eut été la perpétuité qu’elle risquait. Nous ne connaissons pas les arcanes de l’instruction, rappelons cependant que par deux fois un jury populaire a condamné cette femme à dix ans de réclusion. Les faits sont particulièrement glauques, du moins ceux que révèle la presse spécialisée. Durant quarante-sept ans elle fut l’épouse d’un mari brutal qui la battait et qui, d’après leurs dires, abusait sexuellement de leurs filles. Le fils, peu avant la mort du père s’est suicidé. Tout cela est extrêmement perturbant et pose question : pourquoi ne pas avoir porté plainte, pourquoi avoir laissé cet enfer perdurer autant de temps ? Et là, il semble que les réponses n’aient point convaincu les jurés qui, répétons-le, par deux fois, ont condamné madame Sauvage à de la prison ferme.
    Toujours en l’absence du dossier et celle, détail d’importance quand même, du témoignage de la victime et sur foi des reportages de presse, fallait-il plaider la « légitime défense » dans ce procès ? Manifestement, en l’état actuel du droit, tuer de trois balles dans le dos un homme, sans doute aucun violent injurieux et alcoolisé, ne constitue pas une défense mais une attaque. C’est du moins ainsi que l’ont interprété les jurés successifs. On ne peut tout de même pas leur donner tort …
    On ne commente pas une décision de justice, il y va de la sérénité du système judiciaire. Dans ce cas, cette règle n’est pas respectée. Depuis la condamnation de madame Sauvage, c’est le procès de la justice et, par ricochet, des jurés qui est porté sur la place publique. Aurait-elle été acquittée que la foule eut applaudi, cette fois c’est devant le président Hollande que les filles de la condamnée vont plaider la grâce présidentielle, privilège hérité de nos bons rois.
    Faudrait savoir ce que l’on veut : si le président gracie madame Sauvage, il inflige un camouflet à la justice populaire, s’il ne la gracie pas, il risque un regain supplémentaire d’impopularité. C’est donc une décision politique que prendra le président de la république. Et quand la politique s’invite dans l’administration de la justice, cette dernière lui cède le pas.
    Loin de nous le désir de maintenir en prison une femme de soixante-six ans qui, poussée à bout par un mari violent, l’a tué. C’est terrible, regrettable, condamnable car, après tout, c’est un meurtre, mais compréhensible peut-être si la personnalité de la victime est telle que la dépeignent les principaux témoins. Gagerons que le président de la république coupera la poire en deux, c’est dans ses habitudes, et qu’il réduira la peine de la coupable, afin qu’elle puisse, par le jeu des réductions automatiques retrouver sa maison, ses filles et la paix.
    La justice des jurés populaires est imparfaite, celle des magistrats professionnels tout autant.
    Ce qui est déplorable par contre est l’instrumentalisation de la sentimentalité publique pour ne point respecter le principe d’immutabilité de la chose jugée.

    Ungern