Compteur de visite

piémont-sardaigne

  • de Maistre vivant et parmi nous

     

    Le 26 février 1821 mourait à Turin Joseph, Comte de Maistre, ministre plénipotentiaire de S.M le Roi de Piémont-Sardaigne à la cour du Tsar, écrivain, penseur, homme de foi et de fidélité.
    Philippe Sollers écrivait à son propos :
    Ce franc-maçon nourri d’illuminisme condamna la Révolution française, la démocratie et les idées nouvelles. Difficile de trouver plus réac et moins fréquentable que Joseph de Maistre. Et pourtant les raisons ne manquent pas de le lire. Connaissez-vous Joseph de Maistre ? Non bien sûr, puisqu’il n’y a pas aujourd’hui d’auteur plus maudit. Oh, sans doute, vous en avez entendu parler comme du monstre le plus réactionnaire que la terre ait porté, comme un fanatique du trône et de l’autel, comme un ultra au style fulgurant. Sans doute, mais tellement à contre-courant de ce qui vous paraît naturel, démocratique, sacré, et même tout simplement humain, qu’il est urgent d’effacer son nom de l’histoire normale. …Vous me dites que c’est un des plus grands écrivains français, peut-être, mais le style n’excuse pas tout, et vous voyez bien que son cas est pendable. Maistre, un Sade blanc. Ou si vous préférez, un Voltaire retourné et chauffé au rouge. …Ne dites à personne que vous lisez Joseph de Maistre. Plus réfractaire à notre radieuse démocratie, tu meurs. (Philippe Sollers. Chronique littéraire. Le Nouvel Observateur, 21 juin 2007).
    Né à Chambéry, possession de la Maison de Savoie, de Maistre, brillant élève des Jésuites, va professer une sympathie mitigée pour les idées françaises. Il déchantera bien vite quand les révolutionnaires annexeront son pays, emprisonneront les prêtres réfractaires au serment de la République et mettront sous le joug les libertés publiques qu’ils prétendent incarner. Il se réfugie à Turin, puis, au fur et à mesure de l’arrivée des troupes françaises, impériales cette-fois-ci, se retrouvera à Venise. Toute sa vie il restera fidèle au Roi de Piémont-Sardaigne qu’il représentera dix-huit ans durant à la Cour du Tsar où il rédigea ses
     Carnets de Saint-Petersbourg véritable manuel de civile lucidité politique et philosophique.
    Joseph de Maistre est le contre-révolutionnaire par excellence. Pour lui rien n’est moins souverain que le peuple. Il ne faut point de Constitution écrite, les véritables fondamentaux ne sont pas de main d’homme mais lovés dans le cœur par la Providence. Il n’y a pas de liberté, mais une hiérarchie naturelle entre les hommes. La société n’est pas la somme des éléments qui la compose, elle est ce que certains, l’élite, en fait. La masse suit ceux qu’elle reconnaît, parfois à tort, comme ses dirigeants.
    Désabusé souvent, cynique même, de Maistre jette sur ses semblables un regard un peu froid et méprisant. L’homme est une créature dégradée, avilie, dénaturée, vouée au mal s’il ne suit pas des préceptes rigoureux et contraignants qui le rendront petit-à-petit et au bout d’une longue et épuisante course, semblable à sa nature première, celle d’avant la chute et le péché originel.
    Cette croyance en la réintégration, de Maistre la professe jusque dans certaines Loges maçonniques dont il fut durant de longues années un fervent affidé. Il a connu Jean-Baptiste Willermoz, le « mystique lyonnais » qui, avec Louis-Claude de Saint-Martin, le « philosophe inconnu », met en pratique, dans les loges qu’il préside, la doctrine de Joachim Martines de Pasqually , gourou étrange et auteur du « Traité sur la Réintégration des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine ».
    La société humaine est un corps, ce dernier peut rester sain pourvu qu’aucun spasme ne perturbe sa naturelle harmonie. L’autorité est le régulateur de cette harmonie, si cette dernière vient à manquer ou s’exerce sans mesure, les troubles sociaux sont le symptôme de ce dérèglement. Il est donc naturel qu’une autorité succède à une autre, pourvu que cette dernière conserve sa nature propre, celle d’un pouvoir exercé par une élite méritante, une aristocratie digne de ce nom.
    Celui et ceux qui exercent le pouvoir sont soumis à plus haut que leurs personnes, Dieu. De Maistre condamne définitivement l’individualisme. La raison générale ne peut souffrir l’affirmation particulière. La société ne naît pas d’un « contrat social », mais d’une autorité humaine soumise à la divine. La religion cimente les croyances communes d’un peuple, la religion est affaire publique et ne peut souffrir d’exceptions que marginales. De Maistre clouera au pilori l’individualisme protestant, pour ne parler que de cette confession chrétienne.
    Contre-révolutionnaire, monarchiste absolu (c’est le monarque qui accorde une charte au peuple et non pas le contraire ), pessimiste lucide, croyant engagé, de Maistre avait de la guerre une conception cathartique : le sang rédime le sang.
    Restons-en là, il est temps de reprendre bouche avec cet homme hors du commun :
    Il y a dans la Révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra… il n’y a plus de prêtres, on les a chassés, égorgés, avilis; on les a dépouillés. Et ceux qui ont échappé à la guillotine, aux bûchers, aux poignards, aux fusillades, aux noyades, à la déportation, reçoivent aujourd’hui l’aumône qu’ils donnaient jadis. Les autels sont renversés, on a promené dans les rues des animaux immondes sous des vêtements des pontifes. Les coupes sacrées ont servi à d’abominables orgies. Et sur ces autels que la foi antique environne de chérubins éblouis, on a fait monter des prostituées nues.  Examen de la philosophie de Bacon.)
    Ces lignes ne vous rappellent-elles rien ? Notre-Dame profanée par des hystériques aux mamelles agressives, les églises souillées, la religion moquée, les invertis haussés sur les autels de la chose publique, rien ne progresse, tout sans cesse revient même l’ignoble.
    Pensons à lui en lisant ces lignes, pour d’aucuns les plus automnales de l’Evangile :
    Il se fait tard, déjà le jour est sur son déclin, demeure parmi nous !

    Ungern