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politique et propagande

  • Le "strorytelling" ou l'art de nous enfumer.

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    "Il était une fois". Pour capter l'attention de vos interlocuteurs, rien ne vaut cette formule-choc. Les hommes aiment les histoires, ils vous écouteront, croyez-moi.Une histoire permet d'explorer les conditions d'une expérience possible, les nouveaux rapports au temps et à l'espace.
    On invente un « peuple qui manque » comme dirait Deleuze. Qui n'a pas été Sitting Bull, Lancelot, le petit chaperon rouge ou la Sophie et ses malheurs ?
    Cette possibilité de l'histoire n'a pas échappé aux publicitaires. Aujourd'hui, plutôt que de vanter les mérites intrinsèques de l'objet, ils racontent l'histoire de ceux qui l'utilisent.
    Vous savez comme moi combien les utilisateurs des chaussures de sports N... sont jeunes, beaux, athlétiques, et performants. Autant que ceux qui portent les vêtements X ou portent la montre Y. On ne vous annone plus les caractéristiques techniques de la chaussure, du vêtement ou de la montre. Ce n'est pas porteur.
    Les hommes politiques ont compris l'impact de l'histoire sur leurs électeurs.  Bien plus que d'austères statistiques, de fichiers Power Point ou Excell, ils se mettent à raconter une histoire : la leur ! Obama, jeune étudiant nécessiteux qui vient à bout des préjugés et pièges d'une société de blancs nantis. Clinton, la femme de l'autre, qui raconte sa saga d'épouse du Président, ses combats pour que prévale son avis dans la nomenklatura mâle, son expérience acquise au bout d'une lutte âpre et sans merci.
    L'histoire de ces conteurs est toujours au diapason de celles et de ceux qui l'écoutent. Ce ne sera jamais une histoire vraiment extraordinaire, mais une histoire qui pourrait faire dire : cela aurait pu être moi !
    Comme pourrait être « moi », le gosse pauvre de banlieue  qui devient champion de basket, les chaussures N... aux pieds, ou « moi » ce pdg en herbe qui devient « wonder boy » la montre X au poignet et les lunettes R.B sur le nez.
    Ces « stories » sont des protocole de dressage qui visent à contrôler des pratiques, à s'approprier savoirs et désirs des individus.
    « A travers l'injonction aux récits lancée par toutes sortes d'instance du pouvoir, nous assistons bien à l'émergence d'un nouvel ordre narrratif. ». (Christian Salmon, Le Storytelling, La Découverte, p.213)
    Ce nouvel ordre narratif (N.O.N) dessine un nouveau champ de lutte démocratique : ses enjeux ne seront plus seulement le partage des revenus du travail et du capital, les inégalités au niveau mondial, les menaces écologiques, mais aussi la violence symbolique qui pèse sur l'action des hommes, influence leurs opinions et instrumentalise leurs émotions, les privant ainsi des moyens intellectuels et symboliques de penser leur vie.
    Henri Guaino, conseiller du Président Sarkozy, déclarait aujournal Le Monde en juillet 2007 :
    « La politique c'est écrire une histoire partagée par ceux qui la font et par ceux à qui elle est destinée. On ne transforme pas un pays sans être capable d'écrire et de raconter une histoire. ». Ce disant, il s'en référait à un De Gaulle capable d'écrire un récit collectif faisant d'une nation, une narration.
    Mais n'est pas De Gaulle qui veut !
    Ce même Henri Guaino a introduit dans l'équipe de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy des conseillers du Boston Consulting Group afin que les  membres de cette équipe « apprennent un autre langage ». (ibid, p.209).
    Comme quoi, vendre des chaussures de sport ou élire un homme à la présidence: même combat.
    Faut-il en rester là et subir ? Rien n'est moins sûr. Un peu partout des groupes d'intellectuels contrent cette offensive d'assujettissement de nos esprit. « La lutte des hommes pour leur émancipation qui ne saurait être ajournée par l'émergence de ces nouveaux pouvoirs, passe par la reconquête de leurs moyens d'expression et et de narration. Cette lutte a déjà commencé, elle se fraye un chemin dans le tumulte d'Internet et le désordre des stories, elle s'éveille à des pratiques nouvelles et minoritaires, échappant largement au regard des médias dominants, mais dont la puissance est bien réelle ». (ibid, p.212)
    Sachons être minoritaires.
    Et lisons l'excellent ouvrage de M. Christian Salmon.